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On a déjà parlé de deux phénomènes qui surprennent souvent les Français. D’abord, dans les supérettes ou la restauration notamment, le comportement quasiment «robotisé» de certains employés. Ensuite, le peu d’importance accordé par les entreprises à la qualification des jeunes qu’elles recrutent, en général. Or ces deux phénomènes relèvent d’une même particularité de l’entreprise japonaise: la formation des employés en interne après le recrutement, au contraire de ce qui se fait en général en France.

En France, qu’on sorte d’une filière prestigieuse ou non, d’un IUT ou d’une grande école, on est presque toujours engagé dans un domaine correspondant à sa formation. Le niveau de prestige de cette formation fera qu’on sera employé au bas de l’échelle salariale ou au contraire parachuté dans les sphères de la direction. L’employé se sent responsable de sa tâche, et bien souvent, c’est lui qui la définit.

Par contraste, la formation professionnelle japonaise n’en est pas vraiment une: à part pour des formations ultra-spécialisées comme la médecine, ce qui compte est moins la filière suivie que le degré de prestige de l’établissement où on a fait ses études. La formation, au Japon, se fait principalement en interne (shanai kunren). On commence en général par occuper des postes subalternes, d’où on observe et assimile le fonctionnement de son lieu de travail. Puis on se voit confier des tâches plus complexes et on participe plus activement à la prise de décision. L’employé japonais, quel que soit son niveau, ne se sent pas tributaire d’une tâche qui correspondrait à sa dignité ou à son statut, au contraire de l’employé français. Il endosse simplement le rôle qui lui est confié, et ce rôle n’est pas en rapport avec le prestige du poste. Ainsi, un chef de section peut-il descendre balayer le trottoir.

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À cette immersion s’ajoute la pratique généralisée de formulaires très détaillés, de notes de service, et de modes d’emploi qu’on appelle des « manuels » (manyuaru). Ils indiquent par exemple comme organiser les tâches d’une section, ou encore comment assurer la diffusion de l’information.

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Dans le commerce, ces « manuels » peuvent indiquer comment réagir aux situations courantes, au geste ou au mot près. D’où l’impression que serveurs et vendeurs se comportent comme des robots, répétant toujours les mêmes choses exactement de la même façon.

Pour en savoir plus : Jean-Luc Azra (2011) «Les Japonais sont-ils différents?» (Éditions Connaissances et Savoirs)

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