On dit souvent que les Japonais n’expriment guère leurs opinions: est-ce vrai ou faux? Les Japonais tendraient-ils à ne pas vouloir, ou ne pas savoir, exprimer leur pensée profonde? Ou encore, n’auraient-ils pas vraiment d’opinions individuelles marquées, suivraient-ils systématiquement le consensus? Enfin, exprimeraient-ils leurs opinions, mais le feraient-ils d’une manière qui nous échappe?

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Enseignants au Japon, nous constatons que les étudiants appelés à formuler une opinion manifestent une certaine difficulté à exprimer des idées circonstanciées et des arguments construits. De même, dans les discussions informelles avec des adultes, les opinions semblent retenues et superficielles.

Il y a sans doute plusieurs raisons à cela:

La formation scolaire. Comme on le sait, à partir du collège et jusqu’au lycée, le système d’enseignement est basé sur des questionnaires à choix multiples et des cases à remplir (tashisentaku mondai). Autrement dit, il n’est jamais demandé aux élèves de rédiger une dissertation. Dans ces conditions, ils entament leur vie d’adulte sans jamais avoir conçu d’arguments contradictoires, d’idées personnelles ou de listes de références.

La communication interindividuelle. Quand deux Français qui ne se connaissent pas se rencontrent, par exemple en vacances, ils tendent à donner immédiatement un grand nombre d’informations sur eux-mêmes et sur leurs expériences, qui constituent le sens même de l’échange. On peut dire que la politesse consiste à échanger des données. Inversement, dans le processus de communication japonais, la politesse consiste à ne pas imposer à l’autre d’informations sur soi-même et à ne pas exiger qu’il en donne. Ainsi, des Japonais qui ne se connaissent pas tendent à échanger des formules de salutation (aisatsu), et parfois des remarques sur le temps qu’il fait ou l’environnement immédiat. Il ne s’agit pas tant d’échanger des données originales que de mener un échange conventionnel.

La réserve obligatoire dans le cadre du système-groupe. Comme on le verra, on pratique au Japon une différence marquée entre la position personnelle (honne), et la position de façade (tatemae), qui, pour simplifier, correspond au consensus. Ainsi, dans certains cas au moins, les opinions personnelles sont formulées de façon intérieure, mais ne sont pas exprimées (pour le dire vite, il est antisocial de les exprimer). Sur cette question, une chercheuse japonaise m’a communiqué son impression selon laquelle beaucoup de Japonais n’ont, en fait, pas d’opinions originales. Pour ceux-là, honne est fortement emprunt de tatemae: il n’existe pas vraiment de différence entre les deux.

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L’opacité, pour les Occidentaux, de l’expression de l’opinion au Japon. Enfin, reste la position selon laquelle l’opinion individuelle existerait mais serait exprimée différemment, ce qui la rendrait difficile à saisir pour les occidentaux. Pour ne prendre qu’un exemple, il est clair que la prise de décision dans l’entreprise exige des échanges d’opinion. Ceux-ci passent en grande partie par des comportements formels ou informels (ringi, nomikai, nemawashi…) qui n’ont pas d’équivalents en France et qui peuvent échapper aux Français s’ils n’y sont pas impliqués.

 

Pour en savoir plus : Jean-Luc Azra (2011) «Les Japonais sont-ils différents?» (Éditions Connaissances et Savoirs)

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