Kamehameha.

Serait-ce devenu le nouveau geste pour symboliser le pouvoir du Japon d’aujourd’hui ? La scène a de quoi surprendre. En ce 1er avril, on aurait presque cru à un poisson. Et pourtant, elle a bien eu lieu. À l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron au Japon, le président français et la Première ministre Sanae Takaichi ont esquissé ce geste emblématique de la pop culture japonaise.

Une « dinguerie », oui, le mot est lâché. Mais détrompez-vous : ça n’est pas un hasard.

D’abord parce que cette séquence résonne tout particulièrement avec notre numéro de Sencha, consacré au pouvoir au Japon. Un écho qui confirme que notre rédaction a eu le nez creux dans le choix de ce thème.

Ensuite parce que ce geste mérite d’être compris.

Le kamehameha est tiré du manga Dragon Ball, créé en 1984 par Akira Toriyama. Une œuvre qui a fait le tour du monde dans les années 1990 avec l’exportation massive des animés japonais, à une époque où ces programmes permettaient de remplir les grilles télévisées à moindre coût.

Mais derrière ce geste devenu culte se cache une filiation plus ancienne. Dragon Ball s’inspire notamment du grand roman chinois La Pérégrination vers l’Ouest, attribué à Wu Cheng’en au xvie siècle. Une histoire de roi singe (Son Goku), qui traverse les siècles pour se réincarner dans la culture populaire contemporaine.

Le kamehameha, dans l’œuvre, est une technique de combat. Une projection d’énergie à partir des deux paumes de la main. Un geste décisif, souvent utilisé pour renverser l’issue d’un affrontement.

Et c’est là que tout devient intéressant. Car, au moment où ce geste est rejoué, le monde est traversé par des tensions bien réelles – de l’Ukraine au Moyen-Orient et du Sahel à la partie centrale de l’Afrique. Dans ce contexte, voir deux dirigeants politiques mimer une attaque issue d’un manga pourrait sembler anecdotique.

Mais c’est tout l’inverse. Cela nous rappelle que la culture est aussi une forme de puissance. Une puissance douce, mais profondément ancrée. Le Japon n’impose pas, il diffuse. Il infuse. Il s’infiltre dans les imaginaires.

Et dans ce dialogue complice entre Macron et Takaichi, c’est peut-être cela qui s’exprime : une reconnaissance implicite de ce pouvoir-là.

Un pouvoir capable de traverser les frontières, les générations et même les sphères politiques. À l’heure où les conflits s’invitent jusque dans notre quotidien par l’intermédiaire des médias, des réseaux sociaux et d’une intelligence artificielle qui peut parfois amplifier le vide plus que le sens, cette séquence a valeur de rappel.

Le pouvoir culturel lorsqu’il devient diplomatie n’est pas un supplément d’âme : il est l’une des plus grandes forces de paix entre les peuples.

Adrien Leuci – Directeur de la publication

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Adrien
Directeur de Japoninfos Spécialiste en Art et Design Profil Google+

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