Cette ancienne ministre des Affaires étrangères revendique son ambition de changer le PLD, le parti au pouvoir. Elle a la faveur des sondages mais affronte le machisme japonais.

Sur les affiches fraîchement collées près du siège du Parti libéral démocrate (PLD, majoritaire), Yuriko Koike couve les passants des yeux telle une madone. Elle a choisi pour slogan Mottainai !, expression qui pourrait se traduire par «ne pas gaspiller». À 55 ans Yuriko Koike est la première femme candidate au poste de président du PLD. Ce qui en fait de facto la première femme candidate au poste de premier ministre. 49 % des Japonais pensent que c’est la meilleure candidate. Mais ce sont les militants qui vont voter le 22 septembre prochain.

La politique japonaise favorise les dynasties ; Yuriko Koike est son orpheline. Son parcours fait penser au titre d’un de ses livres : Grimper une pyramide en kimono. Native de Kobé, elle part faire ses études au Caire à 20 ans. Arabisante, elle devient une célèbre présentatrice de télévision japonaise, qui interviewe Yasser Arafat et Mouammar Kadhafi. En 1991 le Japon refuse de s’engager aux côtés des Alliés lors de la première guerre du Golfe. «Non seulement nous n’avons rien fait, mais en plus notre économie est entrée en crise ! C’était facile de critiquer, de ma position de journaliste. J’ai décidé d’agir», dit-elle. À 40 ans elle passe de l’autre côté des micros et gagne sa première circonscription. En dix ans elle traverse 3 partis avant de se fixer au PLD. «C’est un fait : le Japon est comme le PLD. C’est un endroit où personne ne prend de décisions claires. Pour changer le Japon, il faut changer le PLD», martèle-t-elle. Elle se met sous l’aile d’un brillant rebelle qui a exactement le même slogan : Junichiro Koizumi. Bien lui en prend. Il sera le premier ministre le plus populaire qu’ait jamais connu le pays.

Un redoutable leader

Lorsque Junichiro Koizumi part, elle est repêchée par son successeur, qui en fait son conseiller pour la sécurité nationale. Profitant d’un scandale, elle est nommée ministre de la Défense. Elle tiendra cinquante-quatre jours. Victime du machisme, ou incompétente ? Les deux peut-être. «Hillary Clinton parle de plafond de verre. Mais au Japon, c’est une chape d’acier», se défend-elle. Célibataire et sans enfants, elle incarne la femme active japonaise, que la société a forcée à choisir entre foyer et carrière.

Yuriko Koike n’a guère de chances de remporter l’élection présidentielle du PLD. Elle a peiné à recueillir les 20 parrainages nécessaires à sa candidature. Les caciques du parti (qui compte peu de femmes) ne l’apprécient guère.

Mais elle prend date. Le gouvernement doit décider d’élections législatives au plus tard avant septembre 2009. Yuriko Koike ferait un redoutable leader de la majorité face à l’opposition. Elle est populaire chez les femmes. «Le premier ministre sera, comme d’habitude dans ce pays, choisi par l’élection interne d’un parti politique. Le peuple n’a que le droit de regarder», regrette Sumiko Iwao, conseillère du gouvernement.

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