À Tôkyô, il vit sans une puissance électrique « normale »

Depuis l’accident nucléaire survenu à la centrale de Fukushima, le Japon a mis à l’arrêt ses 50 centrales. Le gouvernement japonais a alors lancé un appel à ses citoyens pour réduire la consommation d’énergie. Kenichiro Saito, journaliste au Asahi Shinbun tente depuis plus d’un an de vivre avec une consommation électrique bridée à 5 ampères.

Une des nombreuses affiches sorties lors de l'appel gouvernemental pour économiser l'électricité. - DR

Une des nombreuses affiches sorties lors de l’appel gouvernemental pour économiser l’électricité. – DR

« Vous ne pourrez pas vivre une vie normale » c’est ce que lui a rétorqué un agent de la compagnie d’électricité de Tôkyô (TEPCO) lorsque Kenichiro a demandé de réduire son contrat d’électricité à 5 ampères.
En effet, une limitation à 5 ampères ne permet pas d’utiliser des appareils de plus de 500 watts tels qu’un four à micro-onde, un réfrigérateur, un climatiseur. Kenichiro a donc dû se séparer de son réfrigérateur ou rationner sa consommation électrique en utilisant des panneaux solaires.

Une habitude de vie qui l’amène à penser sa vie différemment, à ré-apprendre et apprécier des objets du quotidien que l’on a délaissés comme par exemple un balai classique à la place de l’aspirateur ou un encore un cuiseur vapeur traditionnel pour réchauffer son riz.

Cependant Kenichiro Saito n’a pas pu se passer de certains appareils électriques énergivores comme sa machine à laver le linge et son siège de toilettes électrique. La raison pour la machine à laver est qu’il estime que c’est une tâche laborieuse de devoir faire la lessive à la main, et surtout, il ne voulait pas être perçu comme une personne sale qui vit sans électricité. Concernant le siège électrique, le journaliste avoue que c’est un luxe dontl il ne peut plus se passer car cette technologie purement japonaise le soulage de ses hémorroïdes.

Posséder peu d’appareils gourmands en électricité fait vivre au journaliste certaines expériences plus ou moins contraignantes. Notamment pour ne pas avoir à conserver la nourriture, celui-ci n’achète que ce dont il a besoin au jour le jour. Son ancien appartement mal ensoleillé l’a obligé à s’emmitoufler, il rapporte que lorsqu’il faisait froid il voyait son propre souffle. Enfin, à contrario, lors des grosses chaleurs et dans les moments où le vent était inexistant, Kenichiro a craqué et allumé un ventilateur consommant ainsi 0,7 ampère sur les 5 autorisés.

Depuis le début de son défi, Kenichiro pense en continu à la sauvegarde de l’énergie. En changeant d’appartement pour un plus ensoleillé, il a pu alors gagner quelques degrés de plus pour l’hiver et ainsi accroître son confort. Il a même fini par s’acheter un camping-car où il a installé des panneaux solaires afin de regarder la télévision et recharger son téléphone portable. Lors d’une mutation à Nagoya, ses collèges lui ont demandé jusqu’où il irait dans son expérience d’économie d’énergie. Le journaliste leur a répondu : « aussi longtemps que je vivrai ».

Avec les problèmes encore non-résolus à la centrale de Fukushima tel que les fuites d’eau radioactives, le journaliste du Asahi Shimbun a pris conscience qu’il ne pourrait pas revenir à son ancienne vie, celle d’un gaspilleur d’énergie. D’ailleurs il s’est fixé comme nouvel objectif de produire et de stocker de électricité grâce à des batteries et des panneaux solaires dans le cas où il devrait se marier et fonder une famille.

Adrien Leuci – source : Asahi Shimbun, d’après un article original de Kenichiro Saito, journaliste du Asahi Shimbun