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Raku de Chōjirō (?-1589) (© Musée du Raku de Kyōto)

Le terme raku désigne le bol en céramique traditionnel (chawan) utilisé lors de la cérémonie du thé (chanoyu) au Japon, il est reconnaissable grâce à sa forme particulière et à son aspect glacé. Le terme est abrégé de raku-yaki, qui signifie « cuisson confortable » et demeure avant toute chose porteur d’une technique particulière qui s’inscrit dans l’histoire des arts du feu et de la céramique japonaise.

La féodalité (époque Sengoku, fin du 16e siècle) a vu naître cette technique dédiée en premier lieu à la fabrication des bols pour le thé. La rencontre entre le potier japonais Chōjirō et le maître de thé Sen no Rikyū est à l’origine de la création des premiers bols à thé raku. La technique s’est ensuite transmise au sein de la Famille Raku de génération en génération pendant près de 450 ans.

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Raku de Dōnyū III (1599-1656)(© Metropolitan Museum of Art)

Processus technique en plusieurs temps, l’élément central du raku-yaki est la cuisson au four. De cette dernière et des différentes étapes du processus dépend l’aspect final du bol.

Le céramiste procède au modelage du bol avec les mains, comme le veut la tradition, et non avec le tour de potier. Ensuite, l’étape de l’émaillage du matériau donne au bol sa couleur. Puis, la cuisson du raku débute dans un four, autrefois creusé dans la terre, aujourd’hui un four classique à haute puissance. La chaleur doit atteindre les 1000 degrés celsius. Le bol va subir un choc thermique lors de l’ouverture du four, provoquant ainsi des craquelures sur le matériau. On lui applique ensuite des éléments combustibles, souvent végétaux, tels que des copeaux de bois ; cette étape est nommée l’enfumage. Lorsque la température est descendue à environ cinq-cent degrés, le bol est immergé dans de l’eau, permettant ainsi la fixation des couleurs. Le raku dès son refroidissement complet est nettoyé à l’aide d’un tissu, afin d’enlever les éventuels résidus de cendres et de suie. Les bols sont généralement signés du potier qui les a créés.

La particularité du raku-yaki réside en ce que l’aspect du bol est façonné par de successifs chocs thermiques, mais aussi par l’imprévu. Les conditions météorologiques, les subtiles variations de températures, et la nature même du combustible produisent des effets variés sur le matériau. Ce procédé technique permet d’obtenir un objet unique. Il n’y a pas, en effet, deux bols raku identiques.

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Raku de Ryōnyū IX (1756-1838) (© Los Angeles County Museum)

L’esthétique du bol raku reflète aussi l’esprit de cette pratique de la céramique, dans sa proximité avec les éléments naturels : le bol apparaît brut, dénué d’artifices, comme imprégné de la terre, du feu, de l’eau et de l’air qui l’ont façonné.

Par ailleurs, la cérémonie du thé (chanoyu) est intrinsèquement liée au Zen, courant bouddhique séculaire dont sont notamment issus des critères esthétiques tels que la simplicité (kanso), l’irrégularité (funkinsei) et le naturel (shizen). Des critères que l’on pourra retrouver dans le concept esthétique de wabi-sabi, qui prône le retour à la simplicité et à la nature.

Tous ces éléments sont perceptibles dans le raku et font sa spécificité, tant esthétique que technique : effets de matières, glaçures, craquelages, rugosités, asymétries et irrégularités, expriment la singularité de cet objet, synthèse harmonieuse de la technique et de l’art.

Pour en savoir plus :

Manon Courtaud

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