Trois mois après le séisme et le tsunami dévastateurs du 11 mars dans le nord-est du Japon, plusieurs dizaines de milliers de réfugiés continuent à vivre dans des centres d’accueil. Une existence précaire et incertaine qui a plongé certains d’entre eux dans la dépression.

Selon un recensement officiel, 98 500 personnes sont encore sans abri et vivent dans 2000 centres d’hébergement au Japon. Ces chiffres englobent ceux dont les habitations ont été détruites le 11 mars, et ceux qui ont dû évacuer une zone de 20 kilomètres autour de la centrale nucléaire de Fukushima. Des maisons préfabriquées sont en construction, mais leur nombre est insuffisant pour faire face à la demande.

«J’ai baissé les bras», reconnaît Eiichi Kogusuri, 63 ans, qui vit dans un des plus grands centres d’hébergement du pays, installé dans un stade couvert abritant un millier de réfugiés à Koriyama, à une soixantaine de kilomètres de Fukushima.

«Tout ce que je fais toute la journée, c’est manger, dormir et regarder la télévision. Chaque jour paraît une éternité. J’ai la soixantaine, pas de travail. Je n’ai rien à quoi me raccrocher et suis trop vieux pour recommencer», dit cet ancien chauffeur routier, célibataire, qui a perdu sa maison et son emploi.

Hiromichi Watanabe, un responsable des services sanitaires de Tomioka, ville de 16 000 habitants près de Fukushima, confirme la détérioration de l’état psychologique de beaucoup de réfugiés. Les habitants de Tomioka sont aujourd’hui répartis dans tout le pays, mais un grand nombre sont restés dans la région, pour ne pas être trop déracinés.

Ces «réfugiés nucléaires» n’arrivent «pas à se projeter dans le futur, et c’est très dur psychologiquement. Ils ne savent pas quand ils pourront regagner leurs maisons. Des familles ont été brisées. Nous devons trouver une solution», a souligné M. Watanabe. Des psychologues, ajoute-t-il, effectuent désormais des visites régulières dans la plupart des principaux centres d’hébergement, aux côtés de médecins généralistes.

«Les gens doivent faire face à une plus grande tension nerveuse, cela ne fait pas doute», constate Akinobu Hata, directeur du Centre de santé mentale de Fukushima. «Ce ne sont pas principalement des cas de maladies mentales, mais des affections découlant de périodes de dépression, ou de questions concernant la vie quotidienne», dit-il.

Selon une enquête de l’agence de presse japonaise Kyodo réalisée auprès des hôpitaux, près de 3000 personnes évacuées dans la zone de 20 kilomètres ont été hospitalisées au cours des deux premiers mois suivant la catastrophe pour des symptômes liés au stress, à la fatigue ou à de mauvaises conditions d’hygiène. Ce chiffre ne tient pas compte des personnes soignées mais non hospitalisées, ou admises depuis début mai.

Les équipes médicales venues en renfort après la catastrophe commencent à regagner leurs régions d’origine, et les autorités sanitaires de Fukushima s’efforcent de s’appuyer d’avantage sur les ressources locales, selon Akinobu Hata. Mais la souffrance des déplacés de Fukushima ne diminue pas, souligne-t-il. D’autant qu’il faudra encore des mois pour stabiliser la situation dans la centrale nucléaire, qui continue à rejeter de la radioactivité dans l’environnement.

«C’est vraiment dur», dit Eiichi Kogusuri. L’impression que «tout est figé ici, et qu’on ne peut plus avancer». La vie dans le centre d’hébergement est strictement réglementée: extinction des lumières à 22h, repas à heure fixes, bains communs, espace mesuré, intimité minimale. On dort sur des futons ou matelas posés à même le sol, et seuls des rideaux séparent les occupants. On parle peu, la musique et les rires sont absents.

Ce centre, un des plus récents de la zone sinistrée, est propre et spacieux. Ailleurs, les réfugiés s’entassent dans des écoles, gymnases ou centres communautaires sans chauffage ni air conditionné, avec un accès moindre aux services collectifs (sanitaires, restauration).

Dans tous les cas, l’insomnie est la règle. La fatigue et l’angoisse, à force de s’accumuler, provoquent un épuisement mental, en particulier chez les plus âgés, majoritaires parmi les réfugiés. Le choc du séisme, la perte des repères, ont fait perdre leur autonomie à certains, désormais alités en permanence.

Les réfugiés, relève Hiromichi Watanabe, éprouvent aussi un sentiment de frustration et d’abandon, en constatant que le reste du pays continue d’avancer, quand eux ne le peuvent pas. «Nous ne voulons pas être oubliés, résume-t-il. Nous voulons rentrer chez nous».

De Eric Talmadge
KORIYAMA, Japon —Copyright © 2011 The Canadian Press. Tous droits réservés. Article original

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