, LA MAISON OZEKI – TROIS SIÈCLES D’HISTOIRE
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Née au cœur du Japon il y a plus de trois siècles, la maison Ozeki incarne l’alliance rare entre tradition immuable et innovation audacieuse. Fondée en 1711 à Imazu, dans la région de Nada, elle a traversé les époques en perfectionnant l’art du saké – cette boisson faite de riz, d’eau et de savoir-faire.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération.

Le kudarizake : le saké le plus populaire d’Edo

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© Ozeki

Le saké de la région de Nada, située le long de la côte entre les actuels Kōbe et Nishinomiya, jouit d’une renommée exceptionnelle pendant l’époque d’Edo (1603-1868). La réputation de cette région tient en partie à l’eau Miyamizu, littéralement « eau sacrée du sanctuaire », une source pure et minérale indispensable à la fermentation du saké. Le savoir-faire des Tamba tōji, maîtres brasseurs venus de la région voisine Tamba, contribue à la production d’un saké clair, sec et harmonieux. Le saké de Nada, également connu sous le nom de kudarizake, séduit particulièrement les Edoïtes (habitants d’Edo, anciennement Tōkyō jusqu’en 1868), amateurs d’un goût puissant et vivifiant. Le terme de kudarizake (saké descendu) fait référence au transport du saké depuis le Kamigata, la région « d’en haut », qui englobe Kyōto et Ōsaka, vers la nouvelle capitale politique d’Edo (actuel Tōkyō), où régnait le shōgun, le chef militaire suprême. Dans la culture des citadins d’Edo, boire le saké de Nada est perçu comme une marque de bon goût. Comme le dit un senryū japonais (poème satirique de 5-7-5 syllabes) : « Saké descendu, au palais des Edoïtes, goût parfait trouvé. » Fort de sa popularité auprès du peuple, des samouraïs et de la sphère du pouvoir, le kudarizake s’imposa dans tout Edo.

Légende : Bateau manryō, un navire de tonneaux transportant du saké vers Edo. Manryō (dix mille ryō), signifie par extension « une valeur inestimable ».

Ozakaya Chōbei, le fondateur d’Ozeki

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© Ozeki

Pour répondre à la demande croissante, Ozakaya Chōbei (décédé en 1727), natif du village d’Imazu dans la province de Settsu (partie est du département de Hyōgo), entreprend à son tour de se lancer dans le commerce du saké en 1711. Il baptise sa marque « Manryō », symbole de prospérité, de fortune et d’abondance. Grâce à la position côtière d’Imazu et à des navires spécialement conçus (tarukaisen), il devient possible d’acheminer un volume important de fûts de saké jusqu’à Edo. En respectant son héritage artisanal, la maison familiale s’épanouit au fil des générations, maintenant un équilibre rare entre excellence, efficacité et accessibilité. Vers la restauration de Meiji, à l’époque où le Japon promulgue son premier règlement sur les marques, Bunjirō Osabe (1825-1895), le septième héritier de la famille fit enregistrer en 1884 une nouvelle marque : « Ozeki ». On raconte une anecdote au sujet de cette dénomination : Ōzeki se prononce Ōdeki, qui signifie « très bien fait », ce qui peut se comprendre comme « un saké très bien fait ». Mais en réalité, c’est surtout à la figure du lutteur de sumo (littéralement « se frapper mutuellement ») Ozeki (« grande barrière »), qui représentait alors le plus haut rang de ce sport national, que la marque fait référence. En s’inspirant de la puissance, de la discipline et du prestige de ce sport, elle affirme une identité forte et la volonté de la maison de porter le saké vers de nouveaux sommets.

Légende : En hommage au fondateur d’Ozeki, le daiginjō Ozakaya Chōbei incarne l’essence même du saké d’exception.

Le phare d’Imazu

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© Ozeki

Légende : Le phare d’Imazu en 1971. Il sera déplacé d’une centaine de mètres en 2023 à l’occasion de la construction d’une porte anti-tsunami.

Le cinquième de la lignée de la brasserie Ozeki, Ozakaya Chōbei (1772-1814), participe activement au développement des circuits commerciaux et contribue à l’accumulation du capital marchand. En tant qu’armateur, il régit la gestion directe de ses navires et l’exploitation du transport maritime. À cette époque, les voyages en mer étaient extrêmement dangereux, au point qu’on disait : « Sous une simple planche, c’est l’enfer. » En 1810, ce chef de famille fait ériger, à ses frais, un phare destiné à guider les navires et les bateaux de pêche vers le port d’Imazu, garantissant ainsi leur sécurité. Cette tour de balisage est en bois, montée sur un socle en pierre de 6,7 mètres de hauteur. La lanterne est à l’origine équipée d’un réflecteur fonctionnant à l’huile, et d’un habillage en papier style shōji huilé pour protéger la source de lumière. En 1912, de l’huile, on passe à l’électricité, puis en 1968, le phare est officiellement reconnu comme repère de navigation par les autorités maritimes japonaises. Encore appelé « le phare d’Imazu » aujourd’hui, il demeure très apprécié de tous les habitants. En 2023, dans le cadre de travaux de protection du port d’Imazu contre les tsunamis, le phare a été déplacé d’une centaine de mètres. Il conserve néanmoins son apparence historique que Ozakaya Chōbei aurait certainement saluée.

Légende photo de fond : Le phare d’Imazu à sa position actuelle. Malgré les évolutions et les réaménagements de la côte, le phare d’Imazu continue sa mission en marquant l’entrée du port.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération.

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