Depuis son arrivée au pouvoir en France il y a 14 mois, Nicolas Sarkozy n’a toujours pas fait de visite officielle au Japon et les Japonais, habitués à être chouchoutés par l’ancien président Jacques Chirac, ne cachent pas leur perplexité à l’égard du nouveau chef de l’Etat.

« Mais pourquoi ne nous aime-t-il pas ? » Cette question revient régulièrement ces dernières semaines dans les conversations entre Japonais et Français, sur fond de rumeurs amplifiées par le récent sommet du G8 qui s’est tenu la semaine dernière à Toyako, dans le nord du Japon.

« Il n’y a aucun problème entre la France et le Japon. Le président Sarkozy a prévu de faire une visite dans ce pays dans le courant de l’année 2009 », assure l’ambassadeur de France à Tokyo, Philippe Faure.

Il rappelle qu’une dizaine de ministres français, dont le Premier ministre François Fillon, sont venus au Japon depuis le début de l’année 2008 qui marque le 150e anniversaire des relations diplomatiques et du traité d’amitié franco-japonais.

Selon le journal Asahi Shimbun, M. Sarkozy, qui a déjà reporté une visite officielle au Japon initialement envisagée pour début juillet, a annulé une rencontre bilatérale avec le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda, en marge du G8, une information non confirmée officiellement.

« Cette rencontre n’était pas prévue sur l’agenda du président », affirme l’ambassadeur.

A propos du report de la visite, M. Faure explique que « le G8 commençant à midi le lundi 7 juillet, il n’y avait matériellement pas la possibilité de faire une visite sérieuse à cette occasion ». « Comment aurait été apprécié un déplacement officiel limité à un dimanche. En outre, l’empereur du Japon ne reçoit pas en audience le dimanche », ajoute-t-il.

Les Japonais ont malgré tout l’impression qu’après avoir été courtisés du temps de l’ancien président Chirac, amoureux du Japon, ils ont perdu de leur attrait aux yeux du nouveau chef de l’Etat français, dont les propos ironiques sur le sumo — « un combat de types obèses aux chignons gominés » — sont encore dans les mémoires.

« Chirac était un ami des Japonais. Il y avait à l’époque une relation privilégiée entre la France et le Japon », se souvient Yasushi Gunji, journaliste japonais qui a passé plusieurs années à Paris, auteur du livre « La France de Chirac ».

« Avec M. Sarkozy, pour l’instant on s’interroge, on est sur nos gardes. Les Japonais ont aussi été déçus de ne pas voir Carla Bruni au G8 », ajoute-t-il.

L’épouse du président a annulé à la dernière minute sa venue, en raison de la promotion de son nouvel album de chansons, au grand dam des officiels et des médias japonais qui comptaient beaucoup sur sa présence pour illuminer le sommet des pays industrialisés.

A Paris, on indique de source bien informée que Carla Bruni-Sarkozy a adressé une lettre à l’épouse du Premier ministre Fukuda pour exprimer ses « regrets de ne pas pouvoir venir au Japon, un pays qu’elle aime beaucoup ».

Valérie Niquet, directeur du Centre Asie à l’Ifri (Institut français des relations internationales), estime qu’il y a surtout dans la politique actuelle de la France « un problème de cohérence et d’intérêt pour l’Asie de manière générale ».

« C’est paradoxal, car le Livre blanc de la Défense qui vient d’être publié en France met en avant l’Asie comme une des sources principales de déstabilisation et de risques en matière de terrorisme, de missiles, de nucléaire », relève-t-elle.

« Le seul intérêt qui semble dominer, c’est l’intérêt commercial (..) les annonces de contrats très importants, comme lors des voyages en Chine ou en Inde », poursuit-elle. « Alors évidemment, à ce niveau-là, le Japon ne fait pas le poids car c’est très difficile de revenir de Tokyo avec des ventes record d’Airbus ».

AFP

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