Jirô Taniguchi nous a habitué à des récits magnifiques tels que Le Sommet des Dieux ou encore Quartier Lointain. Si ses œuvres nous avaient plus accoutumé à des morceaux du quotidien du Japon et à la traditionnelle confrontation « homme vs nature », on retrouve un pan de cette dernière tendance dans Ice Age Chronicle of the Earth.

La station de forage du site minier (© Jirô Taniguchi - Kana)
La station de forage du site minier (© Jirô Taniguchi – Kana)

Ice Age Chronicle of the Earth, une des œuvres du début de la carrière de ce grand auteur (sortie en 1988), est une des exceptions à ce qu’on peut attendre de lui aujourd’hui. C’est un récit d’anticipation, très tourné sur la science-fiction post-apocalyptique, avec un soupçon d’écologie, comme en témoigne la domination de l’ère glaciaire sur la planète Terre. Celle-ci se retrouve au centre du problème principal des humains dans ce monde : survivre. Pour cela, on suit lors de ce premier tome le site minier de Tarpa, situé en Arctique, et condamné à creuser de plus en plus profondément sous terre. Et bien évidemment, ses ouvriers sont excédés par leur situation et par le vieillissement de plus en plus prononcé du site. En plein milieu, on retrouve Takeru, fils pourri gâté du PDG qui, après de multiples accidents, se voit propulser responsable de la station, ce qui est mal vu par les ouvriers présents. Le concerné lui-même n’a pas tellement envie de prendre ses responsabilités. Mais ont-ils vraiment le choix ?

Nous suivons donc leurs péripéties au sein de paysages glacés et des créatures dangereuses qui les peuplent. Les baleines et les ours n’en sont pas vraiment, le contexte géographique et météorologique les rendant encore plus redoutables et terrifiants. Le déroulement de l’intrigue et des rebondissements se fait naturellement et une inspiration très  « julevernienne » s’en détache, comme l’auteur l’assume lui-même très bien dans sa préface. La nature et l’hiver prennent une place très importante, ce qui rappelle à tous que l’humanité a beau faire des progrès, la nature peut tout à fait reprendre ses droits. Une prophétie est aussi en route, bref, le scénario en lui-même n’a rien d’original comparé à ses prédécesseurs, mais il n’empêche qu’il est diablement efficace et que le second tome n’est pas de refus. Le dessin, quant à lui, est toujours aussi beau et précis, les paysages sont sublimes et les différents appareils futuristes sont très détaillés. En clair, c’est plaisant à l’œil.

(© Jirô Taniguchi - Kana)
(© Jirô Taniguchi – Kana)

Un détail se profile toutefois à l’horizon : l’ampleur de l’histoire et le nombre de tomes utilisés pour la retranscrire, deux tomes. L’auteur admet que la possibilité de développer son scénario, à la hauteur de la « démesure de son ambition initiale », a été freinée par les contraintes de publication de l’époque. On le ressent à partir du moment où la prophétie se met en marche, les évènements se succèdent trop rapidement. Mais ceci n’entrave en rien l’appréciation de l’œuvre. Cela laisse aussi le temps aux lecteurs de s’imprégner de l’ambiance de Tarpa et de l’urgence quotidienne dans laquelle se trouvent plongés les employés. Les morts n’y sont pas tabous, loin de là, et la tension qui se dégage de ce genre de scène est largement palpable.

Ice Age Chronicle of the Earth est donc influencé par des artistes renommés (Miyazaki, Tezuka…) et il serait stupide de les ignorer. Néanmoins, on reconnaît à l’auteur une volonté de poser sa patte sur un tel sujet et il exprime lui-même des regrets à ne pas avoir pu développer cette œuvre comme il l’aurait voulu (et moi aussi). Ce sujet est toujours d’actualité et on se pose à l’heure actuelle la même question que lui : « Les hommes sauront-ils évoluer et acquérir la capacité et la sagesse de vivre et de dialoguer avec la nature ? »

Claire Bouyssou

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