Six ans déjà que je n’avais mis les pieds au Japon !

Un comble, me direz-vous, pour quelqu’un qui en parle et vit le pays quotidiennement.

Tout ce temps est dû, en partie, aux mesures de fermeture prises à la suite à de la crise sanitaire et également à deux projets entrepreneuriaux que j’ai littéralement couvés. Le premier, vous le connaissez, car vous le tenez entre vos mains. Le second est né justement, en réponse aux blocages provoqués par le Covid-19 : « Machiya », une épicerie fine japonaise lancée au cœur de Toulouse.

Alors, en six ans, qu’est-ce qui a changé au Japon ? Beaucoup de choses. Et très peu à la fois.

La société est toujours aussi réglée qu’une montre suisse : précision, sens du service et une facilité déconcertante à tout obtenir, dès lors que l’on a suffisamment de yens en poche.

Et c’est là que le bât blesse.

Le yen est extrêmement faible : près de 186 yens pour un euro, alors que nous étions aux alentours de 135 avant la pandémie. Avec le coronavirus, je pensais que le Japon aurait retenu la leçon de son extrême dépendance, qu’il s’agisse du tourisme, désormais largement international, ou de son approvisionnement en matières premières.

Cette dépendance se retrouve jusque dans le quotidien. Après l’arrêt d’une grande partie de son parc nucléaire à la suite de la triple catastrophe du Tōhoku, le Japon produit encore une électricité dont près de 70 % proviennent des énergies fossiles importées, principalement du gaz, du charbon et du pétrole.

L’actualité au Moyen-Orient nous rappelle qu’une grande partie de ses approvisionnements énergétiques transite par le détroit ­ d’Ormuz, ce qui fragilise les industriels japonais. En mai dernier, Calbee, l’un des plus grands fabricants de chips du pays, a même dû imprimer certains de ses emballages en noir et blanc afin d’économiser des matières premières issues de la pétrochimie. Et, malgré tout cela, les Japonais continuent de brûler et de gaspiller ces ressources, notamment à travers un usage massif du plastique et du suremballage.

J’ai été surpris de voir qu’un grand nombre d’hôtels ont adopté des gestes écoresponsables, comme le fait de ne pas changer les draps entre deux nuits ; et en même temps effaré que pantoufles, brosses à dents, peignes, rasoirs et bien d’autres accessoires sont à usage unique, presque tous fabriqués en plastique et emballés individuellement.

Au nom de l’attention portée au client, l’omotenashi justifie encore bien souvent cette abondance. Mais, au regard de la dépendance du pays et des difficultés actuelles, une question n’a cessé de me revenir : comment le Japon peut-il encore se permettre un tel gaspillage ?

Ces contradictions rappellent finalement les esprits qui peuplent les récits de l’Archipel : elles révèlent des peurs et des fragilités bien réelles, qu’il s’agisse du manque, de la dépendance ou du changement.

Au fond, c’est peut-être bien cela qui a le plus changé en six ans. Ou peut-être est-ce simplement mon regard.

C’est certainement aussi pour ces raisons que le Japon continue autant de nous fasciner et que nous cherchons, numéro après numéro, à observer et à comprendre cet archipel aux multiples esprits.

Excellente lecture de ce nouveau numéro.

Adrien Leuci – Directeur de la publication

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Adrien
Directeur de Japoninfos Spécialiste en Art et Design Profil Google+

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