Ah, le corps japonais… vaste sujet ! D’autant plus que les clichés à son propos ont la peau dure, si je peux me permettre l’expression.
Le corps de la femme japonaise nourrit depuis longtemps de nombreux fantasmes dans les représentations en Occident. J’espère que ce nouveau numéro vous permettra justement de dépasser certaines images d’Épinal autour de la geisha et de son érotisation, largement popularisées par des œuvres parfois aus- si provocatrices qu’exotiques, comme dans L’Empire des sens (Ai no corrīda, « La Corrida de l’amour »), réalisé par Nagisa Ōshima en 1976.
Ce film marquera durablement les esprits à travers le monde avec ses scènes de rapports non simulés, et une histoire inspirée d’un fait divers réel qui suffit à refroidir toute lecture lubrique : celle de Sada Abe et de son amant Kichizō Ishida, qu’elle assassina avant de l’émasculer.
Du côté du corps masculin, la nudité apparaît sous un regard bien différent. Dans l’Archipel, il n’est ainsi pas rare de voir des hommes partiellement dénudés lors d’événements traditionnels sans que cela n’entraîne les mêmes lectures. On pense notamment à certains matsuri, durant lesquels les participants portent un fundoshi, sous-vêtement processionnel traditionnel laissant apparaître les fesses tandis qu’un simple tissu blanc dissimule les parties intimes.
On retrouve également ce cache-sexe chez les rikishi, les lutteurs de sumo, véritables monuments vivants incarnant tout un pan de la culture japonaise.
D’ailleurs, notez que nous aurons bientôt la chance d’accueillir ces lutteurs à Paris, les 13 et 14 juin prochains à l’Accor Arena. Un événement rare puisque la dernière venue officielle de lutteurs de sumo en France remonte à 1995. À l’époque, Jacques Chirac – grand amateur de cette discipline – était encore président de la République.
Le sumo rappelle néanmoins que les corps ne sont pas traités de la même manière selon leur genre. En effet, dans le sumo professionnel, le dohyō, l’aire de combat, demeure traditionnellement interdit aux femmes, notamment au nom d’une conception rituelle de la pureté héritée du shintō.
Une différence de traitement qui, malgré les cultures et les traditions, rappelle combien l’équilibre la considération entre les femmes et les hommes reste un équilibre encore difficile à atteindre.
C’est aussi à cela que ce nouveau numéro de Sencha invite : regarder les corps autrement, sans oublier l’esprit qui l’habite.
Adrien Leuci – Directeur de la publication
Une question ? Écrivez-nous à [email protected], nous vous répondrons avec plaisir.



