Le gouvernement chinois cherche à rappeler au monde les atrocités commises par le Japon durant la seconde guerre mondiale.

Le campus de l'université de Nankin sous l'occupation japonaise, 1941
Le campus de l’université de Nankin sous l’occupation japonaise, 1941

En décembre dernier, le Premier ministre Shinzo Abe visitait le controversé sanctuaire Yasukuni. Début février, Naoki Hyakuta, haut responsable de la chaine de télévision NHK affirmait que le massacre de Nankin « n’a jamais existé ». Comme en réponse à ce qu’elle considère comme autant de provocations, la Chine s’est lancée dans une vaste entreprise de mémoire.

Le souvenir de Nankin semble être une blessure incurable dans les relations sino-japonaises. Bien que le Japon ait officiellement reconnu les faits et présenté maintes excuses, des révisionnistes de tous calibres mettent régulièrement en doute soit le nombre de victimes, soit l’existence même du « viol » de l’ancienne capitale chinoise en 1937. Si d’après le tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient conduit par les Alliés à la fin de la guerre, les combats auraient fait 142 000 morts, militaires et civils, les sources officielles chinoises font état de 300 000 victimes.

De nombreux reporters étrangers ont été invités la semaine dernière à visiter Nankin. Documents d’époque et témoignages bouleversants y répondaient aux sceptiques. Bien que l’opération ait été teintée de propagande anti-japonaise, Wang-Hang, directeur du Bureau des Archives de Nankin affirme que « les preuves ne sont pas fabriquées par la Chine » et que l’exposition comportait « de nombreux documents venant de pays étrangers ». « Les preuves parlent plus fort que le déni » répond le directeur aux négationnistes.

Critiquant le Japon sur l’ambigüité de son rapport au passé, la Chine chercherait à jeter le discrédit sur les revendications territoriales du Japon sur les îles Senkaku / Diaoyu, selon certains spécialistes. En effet, le gouvernement a affirmé vouloir placer la seconde guerre mondiale au centre de la visite du président chinois Xi-Jinping en Allemagne le mois prochain, souhaitant que le Japon prenne exemple sur cette dernière quant à sa gestion du passé. Loin d’être enchantée, la diplomatie allemande a répondu ne pas vouloir être mêlée aux différends qui opposent les deux puissances asiatiques et ne semble pas vraiment enthousiaste à l’idée que l’on ressasse des souvenirs douloureux.

Alors que l’Europe à fini par tourner la page de l’Allemagne nazie au profit de relations internationales apaisées, le Japon et ses voisins ne semblent pas pouvoir abandonner de vieux ressentiments qui rouvrent constamment une plaie mal cicatrisée.

Iban Carpentier – sources : Le Monde, The Japan Times, Japan Today

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8 Commentaires

      • J’adore l’utilisation de l’Allemagne par la Chine. Je connais mal l’Histoire, mais j’avais entendu parlé de la Sarre (et Wikipédia en parle sans doute mieux que moi http://fr.wikipedia.org/wiki/Sarre_(Land) ) qui a eu le choix entre être sous protectorat français et redevenir allemand une décennie après la seconde guerre mondiale. Ils sont devenus redevenus allemand et ça n’a pas empêché la communauté européenne de se faire dans le même temps.

        Bref, se souvenir des atrocités d’hier et les débats sur la souveraineté n’ont rien n’a voir.

        • Je pense que si, au contraire (mais ce n’est que mon humble avis).

          Car, en usant du négationnisme (cf. « Début février, Naoki Hyakuta, haut responsable de la chaine de télévision NHK affirmait que le massacre de Nankin « n’a jamais existé ». »), les problèmes de souveraineté concernant les îles Diaoyu/Senkaku ne risquent pas d’être réglés, pacifiquement du-moins.

          Enfin « le Japon et ses voisins ne semblent pas pouvoir abandonner de vieux ressentiments qui rouvrent constamment une plaie mal cicatrisée », ce qui met à mal toute entente cordiale sur le cas insulaire dont il est [ici] question.

          P.S.: MACHIAVEL, en sage conseiller, insiste (dans « Le Prince ») sur le fait de tirer des leçons des erreurs du passé.

  1. C’est sur, ce n’est pas comme si personne n’avait instrumentalisé la Shoah et nous la rappelait tous les 5 mn les « heures noires de notre histoire »© et que c’est souvent les mêmes gentils bien pensants qui font passer le Japon pour le pays des bisounours.

    • Au moins, en Europe, on ne risque pas d’oublier, et c’est une très bonne chose:
      Parler des « heures noires… » pour qu’elles ne se reproduisent plus.

      Les Japonais, eux, ont une mentalité opposée:
      Oublier les heures noires du passé pour qu’elles ne se reproduisent plus.

      Ce point là est un excellent sujet de conversation interculturelle avec nos amis nippons.

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