Se loger dans une grande métropole lorsqu’on n’a pas le sou n’est jamais évident et Tokyo ne fait pas exception.

(© Kinoko Kinoshita - Clair de Lune)
(© Kinoko Kinoshita – Clair de Lune)

Pour vivre dans un espace décent à des prix accessibles au commun des mortels, la colocation n’est pas une mauvaise solution. Elle a également l’avantage de prémunir contre le sentiment de solitude qui peut s’emparer des individus isolés dans la jungle urbaine. Tokyo room (東京ルームシェア生活), le manga de Kinoko Kinoshita (édité chez Clair de lune) chante les louanges de ce mode de vie qui se développe lentement mais sûrement dans la capitale nippone.

Si vous aimez les grandes aventures ou les histoires d’amour, passez votre chemin : Tokyo room est un manga de la quotidienneté qui se penche sur des problèmes élémentaires : le ménage, la lessive, la gestion des dépenses collectives… Cela paraîtra excessivement banal à certains, mais c’est plutôt rafraîchissant de constater que le manga peut aussi aborder ce genre de thème. Cela permet en outre de voir où se nichent les différences culturelles, tout en les relativisant beaucoup : en effet, la plupart des problèmes évoqués ici sont inhérents à tout mode de vie occidentalisé et à toute vie en communauté, malgré de nombreuses spécificités.

Il n’en reste pas moins que ce mode de vie en collectivité est étranger à beaucoup d’entre nous, et qu’en en rapportant les joies et les difficultés, Kinoko Kinoshita donne avec humour une petite leçon de savoir vivre ensemble : respect des autres, efforts d’adaptation, donner et recevoir, joie d’être ensemble… En mettant ces thèmes au cœur de son manga, l’auteure lui donne une dimension qui le sauve de la banalité. La chaleur des relations entre les trois colocataires – c’est une colocation de filles, je serais curieuse de voir l’équivalent masculin – montre que l’amitié peut constituer une troisième voie entre le célibat et la vie de couple, et que l’on peut imaginer d’autres façons de se protéger de la solitude et des aléas de la vie. Même si les relations entre colocataires restent précaires, la colocation, telle que la vit l’auteure, constitue finalement une micro-société non dénuée d’intérêt.

Essai sociologique d’un genre nouveau, Tokyo room offre donc une approche originale et inédite du quotidien à Tokyo. Bonne lecture !

Écrit par Élisabeth de Sukinanihongo